SAMIRA LAOUNI APPELLE À LA SOLIDARITÉ FACE À LA MONTÉE DES HAINES

Reçue le 15 mars, à l’occasion de la Journée internationale contre l’islamophobie, Samira Laouni, directrice générale de la Semaine d’actions contre le racisme (SACR), a surtout abordé les enjeux de cette nouvelle édition de la mobilisation. À vingt-quatre heures de son lancement, elle dresse un constat lucide – et préoccupant – du climat social et politique, au Québec comme à l’international, et rappelle l’urgence de maintenir vivante la lutte contre le racisme. Entretien avec Cyrille Ekwalla.

« On est très lucides, et malgré ça, on se cristallise dans nos positions –

parce que des discours politiques font en sorte que la division s’accentue et se profondit. »

Une journée internationale, des actes qui ne suivent pas

Le 15 mars marque chaque année la Journée internationale contre l’islamophobie, instaurée par les Nations Unies en 2022. Pour Samira Laouni, commémorer est nécessaire – mais insuffisant. Elle pointe la fermeture récente du Bureau de la représentante spéciale contre l’islamophobie à Ottawa comme symptôme d’une contradiction profonde : « Au moment où on instaure une journée internationale, on voit aussi la montée de la haine ici. » Le gouvernement fédéral a promis un bureau consultatif en remplacement – une promesse que Mme Laouni dit surveiller de près, attentive à sa composition et à son fonctionnement réel.

Un tissu communautaire fragilisé, une semaine sous tension

La 27e édition de la Semaine d’action contre le racisme s’ouvre dans un contexte qu’elle qualifie de « très morose, très fébrile ». Les lois en vigueur, les nouveaux projets de loi, les coupures budgétaires : autant de pressions qui épuisent les organismes communautaires. Cette année, moins d’événements sont inscrits au calendrier de la SACR – non par désintérêt pour la cause, explique-t-elle, mais parce que les énergies sont mobilisées ailleurs, dans la résistance quotidienne aux politiques qui rétrécissent les droits.

Elle cite notamment les quelque 500 femmes qui ont perdu leur emploi en raison du port d’un signe religieux, conséquence directe de la Loi 21. « On se demande jusqu’où on va aller et comment on va garder un vivre-ensemble réellement sain. »

Le paradoxe de la lucidité : tout savoir, et se diviser quand même

Jamais l’accès à l’information n’a été aussi large. Et pourtant, la polarisation s’accélère. Samira Laouni nomme ce paradoxe sans détour : deux clans qui se cristallisent — d’un côté une laïcité de combat, de l’autre un camp sociodémocrate porteur d’équité et de droits — et des responsables politiques qui, par leurs discours, creusent le fossé plutôt que de le combler. « Ils sont en train de créer des ghettos de personnes, les « eux » et les « nous ». Comment est-ce que ça va se finir ? »

« Je ne sais pas si la justice et l’équité, je les aurai de mon vivant.

Mais je suis le chemin de Martin Luther King – je pose ma petite pierre dans cet édifice de recherche de droit. »

Résister et s’unir : trouver le dénominateur commun

Le thème de cette 27e édition – « Résister et s’unir, repenser ensemble la société de demain » – résonne comme une réponse directe à ce diagnostic. Pour Samira Laouni, s’unir ne signifie pas effacer les différences, mais trouver un dénominateur commun : l’humanisme. « Il faut qu’on se regarde avec le cœur. Qu’est-ce qu’on a en tant qu’humains qui nous unit et qui va faire en sorte qu’on s’en sorte ? »

Elle évoque aussi une dimension mondiale : les guerres au Moyen-Orient, le pillage des ressources africaines, des interventions militaires menées sans résolution de l’ONU. La solidarité qu’elle appelle de ses vœux est à cette échelle-là  – globale, fondée sur la dignité humaine.

Ce qui fait tenir : la cause, et la petite pierre

Après plus de 27 ans d’engagement, la question du découragement est inévitable. Samira Laouni y répond avec une clarté tranquille : c’est la cause elle-même qui la maintient debout. Sa conviction que l’être humain est fondamentalement bon – façonné en mauvais par certains médias et certains discours politiques, mais bon au fond – reste intacte. Comme Martin Luther King et ceux qui l’ont précédé, elle pose sa pierre, sans certitude d’en voir l’édifice achevé. Peut-être ses enfants. Peut-être ses petits-enfants.

Pour écouter l’entrevue, cliquez sur le lien suivant :

Les temps forts de la semaine (20–31 mars)

  • 20 mars – Lancement officiel à l’hôtel de ville de Montréal (sur invitation).
  • 25 et 26 mars – Colloque de la SAC au Centre culturel de Côte-des-Neiges, autour des thèmes identité, discrimination et droits.
  • 28 mars – Concert de musique (complet).
  • 30 mars – Webinaire à midi : « Immigration, identité, laïcité — angles morts du débat », avec la Dre Myriam Taylor (Métropolis / Association des études canadiennes).
  • 31 mars – Clôture et remise des Prix SAC 2026 à la Casa d’Italia (entrée libre).

En continu jusqu’au 31 mars : exposition de femmes artistes afro-descendantes, inaugurée le 6 mars. Toutes les informations sur sacr.ca.

(c) CYEK – (Institut Neoquébec – mars 2026)

 

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