Le réveil politique des communautés asiatiques de Montréal

Ils ont longtemps baissé la tête, travaillé en silence, évité de faire des vagues. Pendant des décennies, les communautés asiatiques de Montréal ont construit leur place dans la métropole dans la discrétion, cultivant une réputation de « minorités modèles » — compétentes, intégrées, reconnaissantes. Mais quelque chose est en train de changer. Et ce changement a un nom : l’AMAPI.

Lancée le 21 avril 2026, à quelques jours du début du Mois du patrimoine asiatique, l’Alliance montréalaise des Asiatiques pour la prospérité et l’inclusion regroupe des représentants des communautés chinoises, vietnamiennes, cambodgiennes, laotiennes et philippines. Sa naissance n’est pas le fruit du hasard. Elle est l’aboutissement d’une prise de conscience collective, lente mais irréversible : être présent dans la société ne suffit plus. Il faut désormais peser sur elle.

De l’invisibilité à la revendication

« On est exclu des décisions qui impactent nos communautés. » Cette phrase, prononcée par Manh Tien Nguyen, cofondateur de l’AMAPI, lors d’une entrevue accordée à NeoQuébec, résume avec une brutalité désarmante des décennies de marginalisation silencieuse. À ses côtés, Fo Niemi – rompu aux arcanes politiques québécois et au combat pour les droits des minorités – abonde : les institutions ont fini par produire un oubli systémique, plus insidieux que l’exclusion ouverte. Ces deux hommes aux trajectoires complémentaires ont décidé d’unir leurs réseaux sous un même parapluie.

Car les chiffres, eux, racontent une autre histoire. Les communautés asiatiques représentent aujourd’hui près de 240 000 personnes dans la région métropolitaine de Montréal – médecins, ingénieurs, spécialistes en intelligence artificielle, entrepreneurs. Leur contribution au tissu économique de la métropole est réelle, documentée, structurante. Le développement de Brossard, souvent cité en exemple, n’aurait pas la même allure sans les investisseurs et commerçants des communautés chinoises et vietnamiennes. Et pourtant, leur poids dans les arènes décisionnelles reste inversement proportionnel à leur présence dans la ville.

Le tournant de 2026

Ce qui distingue ce moment de toutes les tentatives précédentes, c’est le contexte. Le Québec entre dans une nouvelle séquence politique, avec des élections provinciales à l’horizon. Et dans ce paysage, un chef de parti a posé un geste que ses rivaux n’ont pas encore fait : Paul St-Pierre Plamondon, du Parti québécois, s’est déplacé, a sollicité, a rencontré. Il présente par ailleurs Ann Nguyen dans une circonscription montréalaise — qui, si elle est élue, deviendrait la première députée d’origine vietnamienne de l’histoire du Québec.

Fo Niemi est le premier à le reconnaître, sans ambiguïté : « Crédit à César, ce qui lui est dû. » Mais il se garde bien d’en faire davantage. Ce geste ne signifie pas que les communautés asiatiques roulent pour le PQ. Il signifie simplement que PSPP a eu la décence de venir. Ce que Charles Milliard, Christine Fréchette, Ruba Ghazal ou Éric Duhaime n’ont pas encore fait, malgré des invitations formelles lancées par l’AMAPI. Leur silence, dans une année électorale, est lui aussi un signal – et il sera difficile à effacer.

Le Mois du patrimoine asiatique comme point de départ

Le Mois du patrimoine asiatique a longtemps été cantonné à sa dimension festive et culturelle – défilés de dragons, célébrations folkloriques, vitrines gastronomiques. L’AMAPI entend le transformer en quelque chose de plus substantiel : un espace de démonstration de puissance collective. Panels intergénérationnels, visites d’entreprises technologiques, tables rondes politiques – la programmation 2026 est délibérément tournée vers l’avenir et vers l’influence.

L’alliance entend également briser l’isolement communautaire en tendant la main aux jeunes Noirs, Arabes, et d’autres origines, reconnaissant que la solidarité entre communautés marginalisées est une ressource stratégique, pas seulement un idéal moral.

Tout cela, presque entièrement financé sur fonds propres. Sans soutien gouvernemental significatif. Ce détail, révélateur, résume à lui seul la revendication principale de l’AMAPI : non pas la charité institutionnelle, mais la reconnaissance à hauteur de la contribution réelle.Le mois de mai 2026 marquera-t-il un tournant ? Peut-être pas encore une révolution. Mais quelque chose d’irréversible est en marche : les communautés asiatiques de Montréal ont décidé, collectivement, de ne plus attendre qu’on vienne les chercher.

Pour écouter l’entrevue, c’est ici :

(c) Institut Neoquébec (Mai 2026)

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