On parle souvent des communautés néoquébécoises comme d’un “angle” ou d’un “sujet”. Nous, nous avons fait le choix inverse : les considérer comme un révélateur des enjeux centraux du Québec contemporain. Car tout ce qui touche à la représentation, aux institutions, aux récits, à la justice et à la culture n’est pas périphérique — c’est le cœur même d’une société qui se pense, se gouverne et se raconte.

Et parce que nous sommes en début d’année, ce retour sur une décennie d’entrevues (2015-2025)* tombe à un moment particulièrement juste : c’est précisément la période où l’on remet les priorités à plat, où l’on clarifie ce qui compte, et où l’on se donne une direction. Rien n’est plus pertinent, à ce stade, que de prendre un temps de recul pour nommer ce que notre travail a réellement produit : non pas du contenu, mais de l’intelligibilité.

Le bilan éditorial (2015–2025) de NeoQuébec confirme une trajectoire : notre travail n’empile pas des témoignages, il construit une lecture. Il met en relation des expériences vécues et des réalités structurelles, et transforme l’information en repères. C’est là notre promesse : donner à comprendre, pour redonner prise. Non pas parler “sur” les communautés, mais travailler avec elles à rendre le Québec plus lisible – et donc plus fidèle à ses réalités, et donc plus commun – au sens d’un Québec partagé.

Un choix éditorial : déplacer le centre de gravité

Dans l’écosystème médiatique québécois, les réalités néoquébécoises sont encore trop souvent abordées comme un supplément : un dossier “diversité”, un segment ponctuel, une “couleur” d’actualité. NeoQuébec s’est construit contre ce réflexe. Notre parti pris est simple, mais exigeant : traiter ces réalités comme des questions de société à part entière, parce qu’elles touchent aux mêmes fondations que tout le reste — pouvoir, institutions, justice, culture, récits collectifs.

Ce déplacement du regard change tout. Il ne s’agit plus de demander aux personnes concernées d’expliquer “leur” différence, mais de comprendre ce que leurs trajectoires révèlent du fonctionnement général : comment se distribuent les opportunités, comment se fabriquent les exclusions, comment se légitiment les institutions, comment naissent (ou s’effondrent) les solidarités.

Studio Troc Radio Web – 2018 (DR)

NeoQuébec comme « infrastructure de dialogue » 

Sur 2015–2025, une cohérence apparaît nettement : NeoQuébec ne fonctionne pas comme une simple vitrine de paroles. Nous jouons un rôle d’interface, parfois de traduction, souvent de mise en relation. Nos entrevues et conversations publiques produisent un effet spécifique : elles créent de l’intelligibilité.

Concrètement, cela signifie trois choses :

  • Donner du temps au fond : expliquer, contextualiser, relier les faits aux cadres (juridiques, institutionnels, économiques, culturels).

  • Faire circuler des repères : proposer des clés de lecture, pas seulement des réactions.

  • Transformer la parole en capacité d’action : faire émerger des pistes, des méthodes, des angles d’intervention.

C’est pourquoi notre bilan n’est pas un “best-of”. Il documente une fonction : NeoQuébec comme espace de clarification publique – un lieu où le vécu ne sert pas d’illustration, mais de point d’entrée vers une compréhension plus large.

Une méthode : lire le catalogue comme une trajectoire

L’approche retenue sur la décennie 2015-2025 consiste à relire notre production comme un ensemble cohérent. L’objectif n’est pas de hiérarchiser des personnes ni de produire un palmarès. Il s’agit d’identifier ce que nos contenus, pris ensemble, racontent de notre ligne : quels sujets reviennent, quels mécanismes se dessinent, quelles tensions s’expriment, et surtout quels apprentissages collectifs émergent.

Autrement dit : nous cherchons moins à “couvrir” qu’à construire une compréhension. Et cette compréhension se stabilise autour de quatre piliers.

Quatre piliers qui structurent notre présence publique

I) Représentation et pouvoir : de la visibilité à l’influence

La représentation, telle qu’on en parle habituellement, est souvent symbolique : “être là”, “avoir une place”, “avoir une voix”. NeoQuébec l »a fait et continuera à le faire. Mais nous essayons de pousser plus loin : la question centrale n’est pas seulement la présence, mais l’influence réelle.

Qui décide, et comment ? Quels sont les critères implicites d’accès aux positions ? Que produisent les politiques publiques sur le terrain ? Que révèle le droit lorsqu’il est appliqué – et lorsqu’il est contourné ?

En posant ces questions, nous traitons la représentation comme un enjeu de gouvernance, pas comme un enjeu d’image.

Notre ligne, ici, est claire : passer de la présence à l’impact. Parce que sans capacité d’influence, la visibilité devient un alibi.

II) Récits et invisibilisation : rendre visible ne suffit plus, il faut changer le cadre

Un autre fil conducteur traverse nos contenus : la bataille des récits. Dans une société, ce qui est mal raconté est souvent mal compris – puis mal gouverné. NeoQuébec intervient précisément à cet endroit : là où les raccourcis médiatiques transforment des réalités complexes en caricatures.

Mais nous ne cherchons pas une visibilité décorative. Nous cherchons un déplacement du cadre : permettre aux personnes concernées de nommer les mécanismes, d’apporter des nuances, de corriger les angles morts, et de reconstituer des trajectoires qu’on fragmente trop souvent.

En ce sens, NeoQuébec travaille moins à “donner la parole” qu’à rendre audible une lecture une lecture qui contredit parfois les narrations dominantes, et qui ouvre un espace de débat plus juste.

III) Institutions et écosystèmes : parler des structures, pas seulement des histoires

Une troisième dimension, plus rare dans le traitement médiatique, concerne les structures. Car la transformation sociale ne tient pas qu’à l’inspiration individuelle. Elle tient à la capacité d’organisation : institutions, réseaux, modèles de coordination, ressources, gouvernance.

NeoQuébec, à travers certaines conversations, insiste sur une question concrète : comment une communauté devient capable ? Comment elle consolide ce qui est fragile, évite l’éparpillement, réduit les doublons, crée des relais, construit des espaces durables.

Cet angle est déterminant, parce qu’il change la focale : on ne reste pas au niveau du diagnostic, on s’intéresse à l’architecture de solutions. Et cette architecture, bien souvent, manque de visibilité – alors qu’elle est un pilier de la vitalité démocratique.

IV) Culture : une infrastructure sociale, un levier politique

Enfin, la culture traverse notre ligne comme un levier central. Pas une rubrique. Pas une parenthèse. Un levier. Parce que la culture fabrique l’appartenance, transmet la mémoire, transforme les imaginaires, et influence la place symbolique des communautés.

Traiter la culture comme une infrastructure sociale revient à reconnaître sa puissance : elle répare, elle relie, elle donne un langage commun, elle rend possibles des formes de dignité et de reconnaissance que la politique institutionnelle n’offre pas toujours.

C’est pourquoi NeoQuébec aborde la culture comme une dimension politique au sens noble : elle dit comment une société se regarde – et qui elle accepte d’inclure dans son récit.

studio Radio Centre ville CINQ Fm – Juin 2016 (DR)

Une place de passerelle : entre parole et action

Pris ensemble, ces quatre piliers définissent la place particulière de NeoQuébec : une passerelle. Entre les communautés et les institutions. Entre expériences vécues et mécanismes structurels. Entre culture et politique. Entre récit et action.

Cette posture est exigeante, parce qu’elle refuse la simplification. Mais elle est indispensable, parce qu’elle fait de la complexité un outil de clarté, et non un prétexte au renoncement. Dans un contexte où l’actualité se consomme vite, NeoQuébec assume une autre temporalité : celle de l’explication, de la profondeur, du repère.

Notre utilité publique, c’est la cohérence

Le bilan 2015–2025 confirme une conviction : notre utilité publique tient à notre cohérence. Et cette cohérence tient à une promesse simple : 0

Faire exister, avec exigence et proximité, un récit du Québec qui inclut pleinement celles et ceux qui le construisent déjà : c’est moins un slogan qu’une méthode. Et c’est cette méthode, patiemment, qui transforme une plateforme en infrastructure.

(c) Institut Neoquébec (Janvier 2026)
* (Non exhaustif ) :
https://m.facebook.com/NeoQuebecMedia/videos  

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