L’affaire des banderoles déployées par les ultras du PSG pour Achraf Hakimi, accusé de viol, n’est pas un cas isolé. Elle révèle un schéma récurrent chez certains supporters, où la loyauté au joueur prime sur la gravité des faits reprochés. 

Du présupposé à la victimisation

Dire « présomption d’innocence » est un principe juridique fondamental. Mais le glissement vers « oh le pauvre, il est victime » trahit une sacralisation des stars du foot. Les banderoles « Achraf total soutien » au Parc des Princes, déployées juste après son renvoi en procès, illustrent ce basculement émotionnel, où l’accusé devient martyr face à une justice perçue comme hostile. La plaignante, elle, n’a pas organisé de campagne médiatique en sa faveur. Ce silence rend d’autant plus indécents les arguments du type « elle fait ça pour l’argent ». Cette spéculation infondée discrédite cette femme avant même que la justice ait rendu son verdict.

Le clubisme, bouclier contre la raison

Un examen de conscience s’impose dans certains milieux supporters. Cette affaire Hakimi n’est pas sans précédent. Le monde de la célébrité, qu’il s’agisse du foot ou du rap, a déjà vu des figures adulées se retrouver devant des tribunaux pour des faits de violence sexuelle. Et contrairement à ce que le mythe de la star persécutée laisse croire, les condamnations existent.

Le rappeur marseillais Naps, de son vrai nom Nabil Boukhobza, en est l’illustration la plus récente. Condamné le 19 février 2026 à sept ans de réclusion criminelle par la cour criminelle de Paris pour le viol d’une jeune femme dans son sommeil, il a nié les faits jusqu’au bout. Des traces d’ADN retrouvées sur les vêtements de la victime et une lésion physique ont conforté le récit de cette dernière. La cour a tranché. Ses fans, eux, avaient souvent pris position bien avant.

La performance sportive ne dit rien du caractère, encore moins de la moralité.

La passion footballistique, poussée à l’extrême, aveugle sur les critiques légitimes et transforme toute remise en question en trahison. Fermer les yeux au nom du « clubisme », cette conviction que notre équipe est au-dessus de tout reproche, dessert le sport lui-même. Elle dessert surtout les femmes qui osent porter plainte.

Le piège du complot

La convocation de Achraf Hakimi la veille d’un match capital de Ligue des champions contre Monaco a immédiatement alimenté le narratif « les juges sont contre nous », renforçant le sentiment d’un complot anti-PSG. Ce biais tribal érige les joueurs en icônes sacrées, protégées par une forteresse de chants et de tifos, au détriment d’une réflexion sereine sur la justice et la responsabilité.

Achraf Hakimi (DR)

Innocence présumée, victime sacrifiée ?

Il faut le répéter : présumer qu’un accusé est innocent jusqu’à preuve du contraire est une exigence de l’État de droit. Mais cette règle ne s’applique pas dans un seul sens. Elle implique aussi de ne pas présumer que la plaignante ment, invente ou manipule. Or, sur les réseaux sociaux, les femmes qui portent plainte contre des personnalités connues font régulièrement l’objet d’insultes, de menaces et de campagnes d’intimidation coordonnées. Certaines finissent par se rétracter sous la pression, non parce qu’elles avaient tort, mais parce qu’elles n’avaient plus la force. La présomption d’innocence protège l’accusé devant les tribunaux. Elle ne donne à personne le droit de transformer une plaignante en cible.

Le joueur et l’homme : deux réalités distinctes

Ce n’est pas parce qu’un joueur est exceptionnel sur un terrain qu’il est irréprochable dans sa vie privée. La performance sportive ne dit rien du caractère, encore moins de la moralité. Un arrêt de jeu digne d’admiration et un comportement criminel peuvent coexister chez le même individu. Sacraliser le joueur, c’est confondre le talent et la vertu. Ces deux choses n’ont aucun lien. Il est possible d’apprécier le football d’Achraf Hakimi et d’exiger, en même temps, que la justice suive son cours sans qu’une tribune entière tente de peser sur l’opinion publique.

L’affaire des banderoles nous invite à une prise de conscience. Le football, aussi passionnel soit-il, ne peut rester le dernier bastion où la parole d’une victime est balayée par une banderole. Soutenir un joueur et laisser la justice faire son travail ne sont pas deux positions incompatibles. Ce sont même les deux seules qui méritent d’être défendues

(c) Andréa Boccovi (Neoquébec Sport – Fev. 26)

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