Tout avait commencé par un courriel. Fin 2016, un message signé Carla Beauvais atterrit dans ma boîte de réception : « Nous avons le plaisir de vous informer que vous avez été sélectionné comme finaliste du Gala Dynastie, dans la catégorie Journaliste radio communautaire francophone… ». La surprise fut totale. Je n’avais jamais entendu parler de cette initiative – et pour cause, l’édition 2017 en était la toute première.
Le 5 mars 2017, je franchissais les portes de l’Olympia de Montréal, sans me douter que cette soirée inaugurale allait laisser une empreinte durable.
Des centaines de membres des communautés noires montréalaises, issus des milieux de la culture, des médias, du sport et de l’entrepreneuriat, avaient revêtu leurs plus beaux atours. Le spectacle, conçu par Marjorie Morin-Lapointe, co-fondatrice du Gala Dynastie, était élégant, vibrant, habité. Le public retenait son souffle – moi le premier.
C’est dans cet état de grâce que j’entendis mon nom résonner dans la salle, comme récipiendaire du tout premier prix Dynastie dans cette catégorie. Je sursautai. Je me figeai. Plusieurs secondes s’écoulèrent, qui me semblèrent durer une éternité. Ce fut ma conjointe, assise à mes côtés et moins surprise, qui me ramena à la réalité.
Ce soir-là, je nouais avec le Gala Dynastie une relation qui allait durer bien au-delà de cette première édition.
De l’Olympia en 2017 au Théâtre Maisonneuve depuis 2019, en passant par la TOHU en 2018, le Gala Dynastie s’est imposé comme un marqueur-temps dans l’écosystème culturel québécois. Au fil des années et des éditions, on a eu droit à des découvertes, des révélations, des confirmations et bien sûr des hommages. Le Gala Dynastie est devenu … “Dynastie”.
Nul ne peut nier le fait qu’il y avait désormais un « avant » et un « après » dans l’imaginaire collectif des communautés afrodescendantes de ce pays. Et je suis fier d’y avoir contribué – d’abord comme journaliste, puis comme administrateur.
En effet, en 2021 Carla Beauvais m’a sollicité pour rejoindre le conseil d’administration de la Fondation Dynastie, la structure-mère du Gala. Je ne pouvais pas dire non. Convaincu que je devais, moi aussi, « faire ma part ».

Entouré de personnalités d’exception – Stendolph Ismaël, Chilandre Patry, Mo Belleus, Stéphane Moraille, Fabienne Colas, Jean-Claude Dulièpre, puis un peu plus tard, Magalie Boutin, Widney Bonfils et Alexandra Jeanty -, cette expérience m’a autant nourri qu’elle m’a permis de contribuer. D’abord comme co-président du conseil d’administration en compagnie de Margaret Archer, puis deux ans plus tard, à la tête du comité de gouvernance.

Widney Bonfils (vp), Anne-Norrante Alexandre (comité de gouvernance), Cyrille Ekwalla (resp. comité de gouvernance), Dédi Bilamba, Magalie Boutin (Secrétaire), Stendolph Ismaël (Trésorier), Chilandre Patry (Présidente)
La Fondation Dynastir, tremplin pour les talents
Parmi les réalisations collectives, le Sommet Dynastie, la Semaine Dynastie, ainsi que les différents programmes d’accompagnement et de soutien en musique, en littérature, en humour et en cinéma, dont ont bénéficié – et bénéficient encore – plusieurs artistes et acteurs-trices culturels.
Sur un plan plus personnel, quelques moments restent gravés.
En 2022, j’ai eu l’honneur de remettre le Prix Journaliste/Reporter (Télé/Radio). Mon plaisir fut immense de voir le nom d’Azeb Wolde-Gorgis, une amie et collègue pour laquelle j’ai une profonde admiration, être proclamé. L’année suivante, en 2023, au nom de la Fondation Dynastie et en collaboration avec Natyf TV, j’ai remis le Grand Prix Dynastie à M. Raymond Laurent – la plus importante et la plus respectée des voix radiophoniques de la communauté haïtienne, lors du Gala Médias. Deux moments spéciaux !

Au-delà du prix remporté en 2017 et des nominations qui ont suivi : finaliste en 2021 dans la catégorie Personnalité média engagée (édition virtuelle pendant la pandémie); finaliste en 2022 pour NeoQuébec dans la catégorie Webzine; et enfin, finaliste en 2026 dans le Top 5 Choix du public de la catégorie Médias… ma plus grande satisfaction a été mon engagement de journaliste à soutenir, valoriser, vulgariser et promouvoir ce gala, qui malgré ses imperfections, ses angles-morts, … est devenu la plus grande vitrine – et le plus fidèle miroir – jamais offerts aux artistes et artisans de la culture et des médias issus des communautés afrodescendantes au Québec. Cela est indéniable.
Le Gala Dynastie est resté vivant grâce à de nombreuses personnes, porté par des centaines d’autres. Mais je me permettrai de n’en remercier que deux ici. Pour l’héritage mémoriel qu’elles ont légué à la communauté afrodescendante des arts, de la culture et des medias – un héritage qui rejaillit sur la société québécoise tout entière.
Merci à Carla Beauvais et à Marjorie Morin-Lapointe.
Le 11 avril 2026, au Théâtre Maisonneuve, le rideau est tombé sur la dixième et dernière édition du Gala Dynastie. Une soirée chargée d’émotions, consciente de son propre poids historique. Car ce n’était pas simplement la clôture d’un événement annuel – c’était la fin d’une Ère.
Une décennie de fierté, d’affirmation et de construction collective. Dix ans durant lesquels artistes et artisans afrodescendants ont été vus, reconnus, célébrés – souvent pour la première fois – dans toute la profondeur de leur talent et la richesse de leur apport à la société québécoise.
Cette ère s’achève. Mais elle laisse derrière elle une conscience éveillée, un socle solide, une génération qui sait désormais ce qu’elle vaut. Il leur revient maintenant – comme à toutes celles et tous ceux qui ont gravité autour de ce gala pendant une décennie – d’écrire la suite. De porter ce flambeau plus loin, plus haut.
Quant à moi, je continuerai. En tant qu’administrateur, certes, mais surtout en tant que journaliste, fidèle à cet engagement qui fut le mien dès le premier soir : faire ma part.
(c) Cyrille Ekwalla (neoquébec – avril 2026)


