Le coach de la République démocratique du Congo, Sébastien Desabre a tenu à être clair : avant d’être « la CAN des surprises », cette édition 2023 du tournoi continental africain est avant tout « la CAN du travail ». Et il serait dur de lui donner tort, tant les quatre équipes présentes en demi-finales, dont son Congo, méritent d’y être.

 

N’empêche que, des surprises, on en a eu. Ça a commencé par la phase de poules, où on a dit au revoir à des poids lourds du continent, comme le Ghana, l’Algérie ou encore la Tunisie. Ça a continué dès le début de la phase à élimination directe. En huitièmes de finale, ont ainsi été éliminés : le Sénégal, champion d’Afrique en titre ; le Maroc, demi-finaliste du Mondial 2022 ; le Cameroun, quintuple vainqueur du tournoi et l’Égypte, sept victoires à son actif. Excusez-nous, monsieur Desabre, mais on ne voit pas ça tous les jours !

 

Maintenant que la poussière est retombée et qu’on se prépare à aborder les demi-finales, mercredi prochain, jetons un œil ensemble aux quatre derniers prétendants à la victoire finale. Ce sera d’abord au tour de l’Afrique du Sud de se mesurer au Nigéria ; puis au pays hôte, la Côte d’Ivoire, d’affronter l’équipe de la République démocratique du Congo.

 

Nigéria

Super Eagles – Nigeria

Le Nigéria est le dernier survivant de la longue liste de favoris dressée avant le début du tournoi. Annoncés comme champions d’Afrique en puissance, les Super Eagles ont pour l’instant réussi à tenir leur rang en Côte d’Ivoire. Sans être révolutionnaires dans le jeu, ils sont solides et plus proches que jamais de leur quatrième trophée.

Ils sont portés par celui qui a été désigné joueur africain de l’année 2023 par la Confédération africaine de football, l’avant-centre Victor Osimhen. Il ne faut pas se laisser méprendre par sa ligne statistique maigrichonne (1 but, 1 passe décisive) : c’est bien lui, le patron de cette équipe. Sur le terrain, il exerce une force de gravité impressionnante, tel un trou noir prêt à tout dévorer sur son passage. Portés par de longues enjambées, Osimhen jette sa carcasse dégingandée dans d’impressionnantes lancées en direction du but adverse. Lorsqu’un simple ballon long part en sa direction, on retient son souffle et on le regarde venir le disputer avec une intensité déroutante. Il met le même effort dans ses replis défensifs : il suffit de voir la facilité avec laquelle, contre Cameroun, il s’est jeté sur le pauvre Oumar Gonzalez pour lui faire les poches et permettre à Ademola Lookman d’ouvrir le score. Certes, il doit faire mieux devant le but et a déjà manqué 5 « grandes chances » selon le site statistique Opta ; mais il y a quand même fort à parier que si le Nigéria va jusqu’au bout, Osimhen y sera pour beaucoup.

À l’annonce des 25 joueurs sélectionnés par le coach José Pereiro, beaucoup ont considéré le Nigéria comme une équipe déséquilibrée par essence, tant il y a un différentiel de talent entre sa ligne offensive et ses joueurs arrières. Il faut dire que le Nigéria a toujours semblé en mesure de produire des joueurs offensifs flamboyants, et cette génération-là ne fait pas exception à la règle : Victor Osimhen, Moses Simon, Ademola Lookman, Samuel Chukwueze, Kelechi Iheanacho, il y a là du beau monde, malgré la blessure de Victor Boniface.

On imaginait un Nigéria en mesure de marquer à tout moment, mais trop handicapé par sa défense pour espérer aller jusqu’au bout. Et à la surprise générale, c’est l’inverse total qui s’est produit. C’est simple : à l’aube de ce dernier carré, le Nigéria peut tout simplement s’enorgueillir d’avoir la meilleure défense du tournoi (seulement 1 but encaissé en 5 matches). Le gardien Stanley Nwabili fait un très bon tournoi, épaulé par le maréchal de la défense centrale, William Troost-Ekong. Les Super Eagles se sont finalement révélés être une bonne équipe de transition : solide derrière, diablement rapide à l’avant.

 

Afrique du Sud

Bafana Bafana – Afrique du sud

Face au Nigéria se tiendra une très belle équipe d’Afrique du Sud, coachée par le Belge Hugo Broos, vainqueur de la CAN 2017 avec le Cameroun. La cuvée 2024 des Bafana Bafana n’était pas forcément considérée comme favorite au coup d’envoi du tournoi, mais c’est un demi-finaliste méritant. Et ce n’est pas le Maroc qui dira le contraire, eux qui ont été éliminés en huitièmes de finale par les Sud-africains.

Cela fait déjà quelques années que le football sud-africain réussit à se distinguer sur le continent grâce à ses clubs. Locomotive d’un championnat local qui parvient à retenir ses meilleurs joueurs, le Mamelodi Sundowns vient par exemple de remporter l’édition inaugurale de la Ligue africaine de football. Histoire de créer une synergie entre les clubs sud-africains et la sélection – et de ne pas changer une équipe qui gagne – le 11 de départ des Bafana Bafana comprend 8 joueurs qui évoluent ensemble au Sundowns. C’est le cas, chose rarissime en sélection, des 4 joueurs de la ligne défensive et du gardien Ronwell Williams. Cette ossature de joueurs qui ont l’habitude de jouer ensemble permet à l’Afrique du Sud d’être une équipe très versatile, capable à la fois d’être proactive dans le jeu mais aussi de défendre bas et de piquer en transition.

Ronwen Williams – gardien des Bafana Bafana – Afrique du sud

Contrairement au Nigéria, l’Afrique du Sud n’a pas de joueur superstar qui pourrait être le pendant de Victor Osimhen. Les Bafana Bafana ont néanmoins dans leur effectif beaucoup de joueurs très polyvalents, capable de faire beaucoup de choses très bien sans forcément exceller dans aucune. Il y a quelques noms à retenir : le milieu de terrain Teboho Mokoena et sa puissante frappe du pied droit ; l’agile ailier gauche Percy Tau, dribbleur et force créatrice de la sélection. De plus, si les Sud-africains parviennent à se rendre en finale, ce sera sûrement grâce à leur gardien Ronwell Williams. Très bon balle au pied, le joueur de 32 ans n’est pas en reste lorsqu’il s’agit de protéger sa ligne de but. Williams n’a concédé que deux petits buts sur l’ensemble du tournoi et il a brillé lors de la séance de tirs aux buts contre le Cap-Vert en arrêtant 4 tirs ! Les Nigérians sont prévenus : contre l’Afrique du Sud, mieux vaut en finir en 90 minutes.

 

Côte d’Ivoire

Le parcours du pays hôte, la Côte d’Ivoire, a été l’exemple même de tout ce que le football a d’irrationnel, de chaotique, d’imprévisible. Les Éléphants, qui disposent d’une équipe compétitive sur le papier, faisaient parmi des favoris. D’un côté, il n’est donc pas tellement étonnant qu’ils se retrouvent en demi-finales. Mais de l’autre, absolument personne n’aurait pu prédire leur parcours rocambolesque, qu’il convient de résumer ici.

La phase de poules ivoirienne fut tout simplement catastrophique. La victoire inaugurale contre la Guinée-Bissau a été l’arbre qui cache la forêt, précédant deux défaites, dont un retentissant 4-0 contre la Guinée équatoriale – la plus grosse défaite à domicile de l’histoire du pays. Le coach français Jean-Louis Gasset a fait ses valises en plein milieu du tournoi, remplacé par son adjoint Emerse Faé. Troisièmes de leur poule avec 3 maigres points, les Éléphants ne se sont sauvés qu’à la calculette, grâce à la victoire du Maroc contre la Zambie.
« Si tu regardes longtemps dans l’abîme, l’abîme te regarde en retour », nous disait Nietzche ; et cette équipe ivoirienne en sait quelque chose. En huitièmes de finale, les coéquipiers de Franck Kessié arracheront l’égalisation à la 86ème minute contre le Sénégal, avant de triompher lors de la séance de tirs aux buts. Attention, il ne faut pas être cardiaque lorsqu’on regarde la Côte d’Ivoire, car lors du quart de finale contre leur voisins maliens, ça a été rebelote : carton rouge à la 43ème minute, ouverture du score malienne à la 71ème, égalisation ivoirienne à la 90ème minute… et but vainqueur dans les tous derniers instants de la partie, après 122 minutes de jeu. Il y a quelque chose de mystique autour de cette équipe, et on a hâte de voir quels surprises ils nous réservent pour la suite.

Dur de mettre en lumière des individualités particulières dans l’équipe de la Côte d’Ivoire, tant elle n’a cessé de décevoir au niveau du jeu produit. On peut cependant dire quelques mots du milieu de terrain Seko Fofana, peut-être l’un des Ivoiriens les plus en vue sur cette compétition. Même dans les moments où son équipe plongeait, Fofana s’est toujours démené, quitte à parfois se surmener et à trop vouloir forcer son jeu. Capable de percées toute en puissance balle au pied, il est également l’artilleur en chef des Éléphants, n’hésitant jamais à faire parler la poudre aux abords de la surface de réparation. Il faudra également surveiller l’avant-centre du Borussia Dortmund, Sébastien Haller. Arrivé blessé au pays, il n’est clairement pas à 100% de ses capacités physiques, mais il a énormément pesé lors de ses entrées en jeu grâce à la justesse de son jeu de tête. Enfin, comme face au Mali, l’insouciance et la jeunesse du virevoltant Simon Adingra enchantera peut-être une fois de plus les travées du Stade olympique d’Ebimpé.

 

République démocratique du Congo

Face aux revenants ivoiriens se tient le dernier demi-finaliste de cette Coupe d’Afrique des nations : les Léopards du « Congo-Kinshasa », vainqueurs des éditions 1968 et 1974 du tournoi. Les joueurs de la RDC ont avancé masqué dans ce tournoi, enchaînant les matches nuls jusqu’à une victoire 3-1 contre la Guinée en quarts de finale. Avec l’Afrique du Sud, c’est la deuxième équipe de ce dernier carré à avoir largement dépassé ce qu’on attendait d’eux au début du tournoi. Atteindre les demi-finales, c’est déjà un objectif accompli pour le Congo, immense pays de football mais qui n’a pas toujours compté sur la scène internationale.

Vous l’aurez compris, cette équipe du Congo ne va pas chercher à enflammer la rencontre à tout prix. C’est avant tout une équipe solide, qui a un peu de difficultés à mettre au fond les occasions qu’elle parvient à se créer – mais qui d’un autre côté, ne donne pas grand-chose à son adversaire. Dans un tournoi où les émotions ont souvent pris le dessus sur les joueurs, les Congolais ont fait preuve d’un sérieux et d’une sérénité à toutes épreuves. Leur affrontement avec la Côte d’Ivoire sera une sorte de duel entre le feu et la glace.

Le capitaine Chancel Mbemba, défenseur central de l’Olympique de Marseille, est sans doute le joueur congolais qui attire le plus les projecteurs. Outre sa forte personnalité, il parvient dans certains matches à être à la fois le meilleur défenseur et le meilleur attaquant de son équipe. Son but contre la Guinée démontre sa surprenante qualité à la finition. On peut aussi mentionner qu’il est épaulé par la très bonne paire de latéraux formée par Arthur Masuaku et Gédéon Kalulu. Dans le dernier tiers, le danger viendra sans doute de l’ailier gauche Yoane Wissa, qui évolue à Brentford, en Premier League anglaise – un joueur qui n’a de cesse de venir provoquer la ligne adverse balle au pied, et de tenter beaucoup, voire trop, de choses.

(c) Paul Trinel / Neoquébec (Fev. 24)

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