Après la défaite, que feront les partis de cette relève néoquébécoise ?

La véritable mesure de l’ouverture politique des partis ne se joue pas uniquement le jour où ils présentent des candidats neoquébécois.es. Elle se joue aussi le lendemain de l’élection, lorsque les affiches sont retirées, que les équipes de campagne se dispersent et que l’attention médiatique retourne vers les élus. Que deviennent alors les candidatures battues? La question est particulièrement pertinente pour les 79 candidatures néoquébécoises que nous avons recensées.

Les chiffres peuvent donner l’impression que certains partis disposent déjà d’une importante réserve de relève.

  • Dans 18 des 20 circonscriptions où un candidat néoquébécois du PLQ est recensé, le score libéral de 2026 est supérieur à celui du parti en 2022; 15 affichent un écart d’au moins cinq points.
  • Du côté du PQ, 11 des 12 cas sont en hausse et huit dépassent cinq points.
  • Pour le PCQ, 11 des 15 résultats sont supérieurs à la base de 2022, dont quatre de cinq points ou davantage.
  • Les portraits sont très différents pour QS et surtout pour la CAQ.

Ces chiffres ne doivent cependant pas devenir un classement de la « performance » des partis envers la diversité. Ils reflètent d’abord les grandes vagues de l’élection. Entre 2022 et 2026, le PQ gagne 13,41 points à l’échelle québécoise, le PLQ 9,86 et le PCQ 7,75. QS recule de 3,01 points et la CAQ de 27,63. Il est donc logique qu’une grande partie des candidatures péquistes, libérales et conservatrices se trouve dans des circonscriptions où leur formation progresse, et que presque toutes les candidatures caquistes soient associées à un recul.

« Pour les partis politiques, il faut démontrer que le recrutement de

nouvelles voix peut déboucher sur de véritables trajectoires politiques. »

Cette distinction est fondamentale. À l’exception d’Alejandra Zaga-Mendez et de Wilda Solon, les données de 2022 ne décrivent pas les mêmes personnes. Elles donnent une base partisane. Elles permettent de dire qu’en 2026 un parti obtient, sous telle candidature, 5, 8 ou 12 points de plus qu’en 2022 dans cette circonscription. Elles ne permettent pas de dire automatiquement que la personne candidate a personnellement « gagné » ces points. Mesurer un véritable effet candidat demanderait davantage : résultats d’élections antérieures de la même personne, évolution du parti dans des circonscriptions comparables, sondages locaux, organisation militante, financement et analyse du vote.

Mais même avec cette prudence, les partis disposent d’une information stratégique. Plusieurs candidats battus ont terminé deuxièmes; plusieurs ont mené leur formation à un niveau local sensiblement supérieur à sa base de 2022; plusieurs ont acquis une notoriété nouvelle.

La question est donc ce que les organisations politiques feront de ce capital humain.

  • Une candidature est-elle un engagement de quatre semaines ou le début d’un parcours ?
  • Les personnes seront-elles invitées à jouer un rôle dans les exécutifs locaux, les commissions politiques, les campagnes municipales ou fédérales, les fonctions de porte-parole et les prochaines investitures ?

Cette question touche directement la notion de représentation durable. Recruter un.e candidat.e neoquébécois.e dans une circonscription difficile peut contribuer à diversifier une affiche électorale. Mais si cette personne disparaît complètement de la structure partisane après le scrutin, le recrutement a peu de chances de transformer en profondeur le personnel politique. À l’inverse, maintenir les candidatures dans les réseaux du parti, leur offrir des responsabilités et leur permettre de se représenter dans des conditions compétitives peut créer une véritable filière de renouvellement.

Le cas des deux candidates présentes aux deux élections illustre bien l’intérêt de la continuité. Alejandra Zaga-Mendez offre un point de comparaison rare : même candidate, même circonscription, même parti. Son résultat dans Verdun progresse alors même que QS recule provincialement. Wilda Solon offre l’autre cas de continuité, à Jonquière, où son score augmente mais moins vite que la progression provinciale du PLQ. Ces deux trajectoires montrent qu’une deuxième campagne peut être politiquement instructive, mais qu’elle ne produit pas automatiquement le même type de résultat.

Il serait donc utile, pour les prochaines années, de suivre les 79 candidatures non seulement comme une photographie de 2026, mais comme une cohorte politique.

  • Combien seront encore actives dans leur parti en 2027 ?
  • Combien obtiendront une nouvelle investiture ?
  • Combien changeront de niveau de gouvernement ?
  • Combien seront nommées à des responsabilités internes ?
  • Et surtout, parmi celles qui avaient été placées dans des circonscriptions très difficiles, combien se verront offrir une seconde occasion dans un territoire plus compétitif?

Pour les partis, l’enjeu dépasse la communication sur la diversité. Il s’agit de démontrer que le recrutement de nouvelles voix peut déboucher sur de véritables trajectoires politiques. Pour les médias, cela suppose également de ne pas perdre de vue ces candidatures une fois la campagne terminée. Et pour nous, à l’Institut NEOQUÉBEC, le suivi de cette cohorte deviendra un indicateur concret : non pas seulement compter combien de personnes issues de la diversité ont été candidates en 2026, mais observer combien resteront dans le jeu politique suffisamment longtemps pour en modifier durablement les équilibres.

(*) Pour consulter les tableaux des résultats, c’est ici : Résultats des candidat.e.s battu.e.s : https://drive.google.com/file/d/1dH5fW9GymTPGVLYkGFdWGn3IoTgEG4aF/view?usp=drive_link
Tableaux des progressions (3 pts, 5 pts, 10pts ) : https://drive.google.com/file/d/1dH5fW9GymTPGVLYkGFdWGn3IoTgEG4aF/view?usp=drive_link

Cet article est le dernier 3/3 d’un dossier intitulé :

« Elections Québécoises 2026 : les candidatures neoquébécoises à l’épreuve des urnes » : https://institut.neoquebec.com/scope-diversite/des-defaites-qui-neffacent-pas-la-presence/

Québec 2026 : La diversité en politique s’étend au-delà de Montréal

(c) Institut Neoquebec (Octobre 2026)

 

 

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