Des défaites qui n’effacent pas la présence
Il est de coutume qu’une élection se raconte presque toujours à partir de celles et ceux qui gagnent. Le soir du scrutin, l’attention se porte sur les nouvelles et nouveaux député.e.s, les réélu.e.s, les majorités et les défaites des chef.fe.s. Pourtant, une autre partie du paysage politique disparaît rapidement du récit : les candidatures battues. Dans le cas des candidatures néoquébécoises recensées par NEOQUÉBEC en 2026, les regarder de plus près permet de comprendre autre chose que la seule composition de l’Assemblée nationale : on s’intéresse à qui entre dans la compétition politique, où ces candidatures s’implantent et dans quels territoires les partis améliorent ou détériorent leur position.
Notre recensement porte sur 79 candidatures défaites et nous avons comparé les chiffres de 2026 avec ceux de la dernière élection. Dans presque tous les cas, le chiffre de 2022 est le résultat du parti politique dans la circonscription, et non celui de la personne candidate en 2026, exeptées deux : Alejandra Zaga-Mendez, dans Verdun, et Wilda Solon, dans Jonquière, qui se sont présentées dans la même circonscription aux deux élections.
Il serait donc inexact de parler, pour les 77 autres, d’une progression personnelle entre 2022 et 2026. La bonne lecture consiste plutôt à mesurer l’écart entre le score obtenu par la candidature de 2026 et le niveau auquel se situait son parti dans la même circonscription quatre ans auparavant.
Cette précaution ne retire rien à l’intérêt politique des chiffres.
Dans 45 des 79 cas recensés, le parti représenté en 2026 obtient localement un pourcentage supérieur à celui de 2022. Trente-quatre candidatures se trouvent dans une circonscription où cette hausse atteint au moins trois points; 27 dépassent cinq points et sept franchissent la barre des dix points. Ces sept cas sont Boubacar Camara à Taillon (+14,68 points pour le PLQ par rapport à 2022), Meili Faille à Vaudreuil (+12,20 pour le PQ), Mariliz Turla-Vadnais à Saint-Hyacinthe (+11,77 pour le PLQ), Judith Cardin à Sainte-Rose (+11,51 pour le PQ), Amin Ouarzagh-Marchand à Vimont-Auteuil (+10,63 pour le PQ), Lyes Chekal à Marie-Victorin (+10,26 pour le PLQ) et Aisha Issa à Maurice-Richard (+10,03 pour le PQ).
Ces résultats ne disent pas que ces personnes ont, à elles seules, créé ces progressions. Une campagne locale s’inscrit toujours dans une dynamique plus large : popularité du parti, campagne nationale, chef, enjeux régionaux, qualité des adversaires et composition de la circonscription. En 2026, le rapport de forces provincial a d’ailleurs profondément changé. Le Parti québécois passe de 14,61 % des voix en 2022 à 28,02 % en 2026; le PLQ de 14,37 % à 24,23 % et le PCQ de 12,91 % à 20,66 %. À l’inverse, Québec solidaire recule de 15,43 % à 12,42 %, tandis que la CAQ passe de 40,98 % à 13,35 %. Une hausse locale de huit ou dix points peut donc refléter à la fois le travail d’une candidature et une vague partisane beaucoup plus large.
C’est précisément pourquoi certains cas méritent une attention particulière. Alejandra Zaga-Mendez, par exemple, est l’une des deux seules candidates pour lesquelles la comparaison est véritablement personnelle et territoriale à la fois. Dans Verdun, QS passe de 30,75 % en 2022 à 35,6 % en 2026, alors que le parti recule à l’échelle du Québec. Le résultat ne prouve pas, à lui seul, un « effet candidate » , mais il constitue un signal plus robuste que dans les cas où la personne n’était pas candidate quatre ans plus tôt. À l’inverse, Wilda Solon progresse à Jonquière de 2,12 % à 5,4 % pour le PLQ, mais cette hausse locale reste inférieure au gain provincial du parti entre les deux scrutins.
Leçons des candidatures défaites
Il y un autre indicateur que rèvèle notre recensement :
- 19 des 79 candidatures terminent au deuxième rang.
- Parmi elles, 12 se trouvent dans des circonscriptions où leur parti gagne au moins cinq points par rapport à 2022,
- et cinq dépassent dix points. Cela ne les transforme pas automatiquement en futurs députés, mais cela permet d’identifier un bassin de figures ayant déjà traversé une campagne complète, construit une organisation locale, affronté les médias et obtenu un niveau d’appui significatif.
La défaite électorale demeure une défaite : elle ne doit pas être maquillée. Mais elle ne suffit pas non plus à mesurer la portée politique d’une candidature. Un candidat peut perdre tout en participant à la reconstruction locale de son parti; un autre peut obtenir un score honorable alors que sa formation s’effondre à l’échelle nationale; un troisième peut terminer loin du premier rang mais ouvrir une présence nouvelle dans une région où son parti était auparavant marginal.
C’est donc une autre grille de lecture que propose ce recensement : au lieu de compter seulement les personnes néoquébécoises élues, regarder également celles qui ont pris part à la compétition et ce que leur passage révèle de l’implantation des partis. Autant les élus « disent » qui entre aujourd’hui à l’Assemblée nationale, autant les candidatures battues, elles, peuvent révéler quelque chose de la relève, des territoires en mouvement et de la politique québécoise de demain.
Pour consulter les tableaux des résultats, cliquez sur le lien : https://drive.google.com/drive/folders/1L6flDOV_2y7wadFSlXG81hsTXTGGbywp?usp=sharing
Repères méthodologiques et sources
• Le corpus comprend 79 candidatures battues recensées par NEOQUÉBEC
• Le score 2026 est celui de la personne candidate. Le score 2022 est celui du parti politique dans la circonscription.
• Seules Alejandra Zaga-Mendez (Verdun) et Wilda Solon (Jonquière) permettent une comparaison de la même personne candidate dans la même circonscription entre 2022 et 2026.
• L’« écart » désigne : score du/de la candidat.e 2026 moins score du parti dans la circonscription en 2022.
• La nouvelle carte électorale de 2026 compte 127 circonscriptions et 39 circonscriptions ont été modifiées; certaines comparaisons territoriales doivent donc être interprétées avec prudence.
• Résultats provinciaux utilisés pour contextualiser les dynamiques partisanes : Élections Québec, résultats généraux 2022 et 2026.
(c) Institut Neoquébec (Octobre 2026)


