Québec 2026 : La diversité en politique s’étend au-delà de Montréal
Pendant longtemps, la présence politique des Québécois.es issu.e.s de l’immigration et de la diversité a été analysée principalement à travers Montréal. La logique était compréhensible, au moins pour trois raisons : l’île concentre une part importante de neoquébécois.es, plusieurs circonscriptions sont très diversifiées et il existe une longue histoire de candidatures neoquébécoise dans la métropole. Le recensement que nous avons fait pour l’élection provinciale qui vient de s’achever (2026) suggère toutefois qu’une analyse strictement montréalaise devient de moins en moins suffisante.
La Montérégie en pôle-position sans être un « bastion »
Sur les 79 candidatures battues recensées, 36 se trouvent à Montréal et 43 ailleurs au Québec. Mais le contraste devient plus net lorsqu’on observe les écarts par rapport au résultat du parti en 2022. Parmi les 34 cas où le score de 2026 est supérieur d’au moins trois points à celui du parti quatre ans plus tôt, 25 se trouvent hors de Montréal. Parmi les 27 hausses d’au moins cinq points, 22 se produisent hors de l’île. Et six des sept écarts supérieurs à dix points sont enregistrés à l’extérieur de Montréal.
- La Montérégie est le cas le plus frappant. Neuf candidatures néoquébécoises battues y sont recensées. Sept se trouvent dans des circonscriptions où leur parti améliore son score d’au moins cinq points par rapport à 2022. Quatre dépassent même dix points : Boubacar Camara à Taillon, Meili Faille à Vaudreuil, Mariliz Turla-Vadnais à Saint-Hyacinthe et Lyes Chekal à Marie-Victorin. La région ne devient pas pour autant un « bastion » de candidatures néoquébécoises; le mot serait excessif. Mais elle apparaît comme un territoire où plusieurs partis ont confié des candidatures à des profils issus de la diversité et où, en 2026, leur score local s’est nettement renforcé.
- Les Laurentides-Lanaudière constitue l’autre enseignement majeur du tableau final. Sur 13 candidatures recensées, neuf se situent dans des circonscriptions où leur parti obtient un meilleur pourcentage qu’en 2022, et huit affichent un écart d’au moins cinq points. On retrouve Agathe Owona dans Les Plaines, Ange Claude Bigilimana à Terrebonne, Daniela Rodriguez à Mirabel, Yvena Luc à Repentigny, Marie-Claire Anglade dans L’Assomption, Sana Arfaoui à Joliette, Habib Diawara dans Les Plaines et Joyd Rolkins Dareus dans LaFontaine. Ces noms appartiennent à plusieurs formations politiques; le phénomène ne peut donc pas être ramené à la stratégie d’un seul parti.
- Laval offre également des cas significatifs : Judith Cardin et Amin Ouarzagh-Marchand dépassent tous deux les dix points d’écart par rapport au score du PQ en 2022; Fatima Aboubakr approche ce seuil. En Outaouais, Bertin Aboussou se situe à +6,74 points pour le PCQ à Gatineau. Dans la Capitale-Nationale, Seynabou Top, Esteban Mendez Hord et René Pierre Coly dépassent chacun cinq points par rapport à la base de leur parti en 2022.
Ces données ne prouvent pas qu’un déplacement structurel de la représentation politique est déjà acquis. Plusieurs précautions sont nécessaires. D’abord, le Québec a utilisé en 2026 une nouvelle carte électorale de 127 circonscriptions; 39 circonscriptions ont vu leur délimitation modifiée. Dans certains cas, comparer 2022 et 2026 revient donc à comparer des territoires dont l’électorat n’est pas parfaitement identique. Ensuite, la progression provinciale du PLQ, du PQ et du PCQ a naturellement entraîné des gains locaux dans de nombreuses circonscriptions, tandis que l’effondrement de la CAQ a produit le mouvement inverse.
Il reste néanmoins un fait politique : les candidatures néoquébécoises de 2026 sont visibles dans un nombre important de circonscriptions situées en dehors des territoires montréalais traditionnellement associés à la diversité. Cette diffusion géographique soulève plusieurs questions.
- Les partis recrutent-ils désormais plus largement dans les régions ?
- Ces candidatures sont-elles présentées dans des circonscriptions où elles peuvent réellement construire une implantation durable ?
- Sont-elles intégrées aux associations locales après l’élection ?
- Et la diversification démographique de certaines couronnes de Montréal commence-t-elle à se traduire dans le recrutement partisan ?
Ces questions sont d’autant plus importantes que la représentation politique ne se résume pas au lieu de résidence des neoquébécois.es. Elle dépend aussi des portes d’entrée offertes par les partis, de la qualité des réseaux locaux, du renouvellement militant et de la capacité à rendre une candidature crédible auprès de l’ensemble de l’électorat d’une circonscription. Une candidature néoquébécoise hors Montréal ne devrait donc pas être interprétée comme une anomalie ou une simple projection de la diversité montréalaise : elle peut être le signe d’une transformation plus diffuse de la société québécoise.
Le principal enseignement n’est peut-être pas que « la diversité quitte Montréal », formule trop simple, mais plutôt qu’elle cesse progressivement d’être politiquement pensable uniquement à travers Montréal. L’élection de 2026 offre un matériau suffisamment important pour suivre cette évolution lors des prochains scrutins.
Consultez les tableaux en cliquant sur le lien suivant : https://drive.google.com/drive/folders/1mmbWZdci2L8SsoH14TWo0snc7IgnuKzP?usp=sharing
Repères méthodologiques et sources
• Le corpus comprend 79 candidatures battues recensées par NEOQUÉBEC
• Le score 2026 est celui de la personne candidate. Le score 2022 est celui du parti politique dans la circonscription.
• Seules Alejandra Zaga-Mendez (Verdun) et Wilda Solon (Jonquière) permettent une comparaison de la même personne candidate dans la même circonscription entre 2022 et 2026.
• L’« écart » désigne : score du/de la candidat.e 2026 moins score du parti dans la circonscription en 2022.
• La nouvelle carte électorale de 2026 compte 127 circonscriptions et 39 circonscriptions ont été modifiées; certaines comparaisons territoriales doivent donc être interprétées avec prudence.
• Résultats provinciaux utilisés pour contextualiser les dynamiques partisanes : Élections Québec, résultats généraux 2022 et 2026.
(c) Institut Neoquebec (Octobre 2026)


