CCAM : sur la rue Saint-Urbain, la première pelletée d’un héritage
Le 1er juin 2026, au 3450, rue Saint-Urbain, à Montréal, une pelletée de terre a transformé un rêve longtemps porté en réalité tangible. Un geste simple, presque cérémoniel, mais chargé d’une portée historique : celui qui marque le début de la construction du futur siège du Centre culturel afro-canadien de Montréal, le CCAM.
Au cœur de la métropole, c’est bien plus qu’un bâtiment qui commence à prendre forme. C’est un lieu de mémoire, de création, de transmission et de reconnaissance. Cet espace est destiné à accueillir, préserver et faire rayonner le patrimoine artistique et culturel des communautés noires de Montréal, du Québec et du Canada.
Une vision devenue chantier
Tout part d’une vision, celle d’un homme, Allen Alexandre, mais aussi celle d’une équipe qui, depuis des années, travaille avec constance, conviction et patience à donner corps à une idée essentielle : les cultures noires ne doivent pas seulement être célébrées ponctuellement, elles doivent avoir un lieu durable, visible, reconnu, inscrit dans la ville.

Fondé en 2021, le CCAM s’est donné pour mission de préserver et de mettre en valeur le patrimoine artistique, historique et culturel des communautés noires. Un patrimoine qui ne se veut pas périphérique, mais qui fasse pleinement partie de l’histoire québécoise et canadienne.
L’équipe jette donc son dévolu sur l’ancienne École des beaux-arts de Montréal, bâtiment patrimonial laissé vacant depuis plus de quinze ans. Le choix du lieu est déjà un symbole : redonner vie à un édifice chargé d’histoire pour y inscrire une mémoire trop souvent marginalisée, trop souvent racontée par fragments, trop rarement honorée à sa juste mesure.
Avec une enveloppe d’environ 32 millions de dollars, le projet s’impose comme la » plus importante infrastructure culturelle consacrée aux communautés noires jamais réalisée au pays. »
Un lieu à soi, au cœur de Montréal
Au-delà des chiffres, c’est l’ancrage qui compte. Pendant longtemps, les communautés noires ont créé, transmis, organisé, résisté, innové – souvent sans lieu central à la hauteur de leur contribution. Le futur siège du CCAM vient répondre à ce manque. Il offrira un espace permanent, identifiable, accessible, au cœur de Montréal. Et ce n’est pas rien.

Dans une ville où la présence noire est l’une des plus importantes au Canada, il était temps qu’un lieu de cette ampleur vienne dire clairement que cette histoire appartient à la ville, qu’elle en est une composante essentielle.
Le bâtiment réunira une salle de spectacle, des espaces d’exposition, des salles de conférence, une bibliothèque et des lieux de rencontre ouverts au public. Il sera à la fois maison commune, scène, archive, laboratoire et carrefour. On pourra y voir, y entendre, y apprendre, y créer. Et surtout, on pourra aussi y transmettre.
Inspiré notamment par des institutions comme le National Museum of African American History and Culture de la Smithsonian, à Washington, ou encore l’Institut du monde arabe, à Paris, le Centre Culturel Afro-canadien de Montréal veut devenir à la fois un refuge et une vitrine. En d’autres termes, un lieu où les communautés noires se reconnaissent, mais aussi un espace où l’ensemble de la société vient mieux comprendre leur apport aux arts, à la culture, à la mémoire collective et au vivre-ensemble.
C’est ce rêve qu’Allen Alexandre porte avec ténacité depuis des années : voir s’élever, en plein cœur de Montréal, un bâtiment qui honore le passé, assume le présent et prépare l’avenir.
» Cette bâtisse est ton héritage «
Parmi les moments forts de cette cérémonie, il y eut cet échange entre Allen Alexandre et Steven Guilbeault, député de Laurier–Sainte-Marie et ancien ministre du Patrimoine canadien.

Soutien de la première heure, Steven Guilbeault a salué le leadership d’Allen Alexandre, cet homme dont plusieurs ont souligné la détermination, la capacité de persuasion et l’acharnement tranquille. » L’homme à qui on ne peut dire non « , a-t-on entendu.
La réponse d’Allen Alexandre fut à la fois simple et bouleversante : » Steven, puisque tu quittes la politique, sache que cette bâtisse érigée pour le CCAM est ton héritage. » . Quelques mots, mais tout un symbole.
En effet, quelques jours plus tôt, le 27 mai, Steven Guilbeault annonçait son départ de la vie politique. En associant son nom à ce projet, Allen Alexandre rappelait que certains gestes publics survivent aux fonctions, aux titres et aux mandats. Il y a des décisions qui s’inscrivent dans le temps long. Il y a des appuis qui deviennent des pierres fondatrices.
Une présence collective
Autour de cette première pelletée de terre, il y avait aussi une communauté. Des femmes et des hommes issus des milieux culturel, communautaire, politique, médiatique et économique étaient présents pour marquer ce moment. Cette présence collective disait quelque chose d’important : le CCAM n’est pas seulement le projet d’un organisme. Il est le signe d’une attente partagée, d’un besoin reconnu, d’une mémoire qui réclame enfin un espace à sa mesure.
L’événement prenait une résonance encore plus forte parce qu’il survenait au lendemain d’un week-end marqué, à Shawinigan, par un rassemblement raciste organisé par un groupe d’extrême droite, derrière une bannière faisant l’apologie d’un » Québec blanc « .
Le contraste était brutal. D’un côté, une poignée de militants tentaient de réduire le Québec à une identité fermée, étroite, excluante. De l’autre, à Montréal, on posait la première pierre d’un lieu qui raconte un Québec plus vaste, plus vrai, plus fidèle à ce qu’il est devenu : pluriel, traversé par des mémoires multiples, enrichi par celles et ceux qui l’habitent, le construisent et le transforment.
Cette première pelletée de terre était donc aussi une réponse. Calme, digne, puissante. Une réponse par la culture, par la mémoire, par l’institution, et par l’avenir.
Une promesse pour les générations futures
Le 1er juin 2026 restera comme une date importante. Ce jour-là, rue Saint-Urbain, il ne s’agissait pas seulement d’inaugurer un chantier. Il s’agissait d’inscrire dans le sol montréalais une promesse : celle d’un foyer pour les arts et les cultures noires, d’un espace de transmission pour les générations futures, d’un lieu où l’histoire pourra être racontée autrement, pleinement, fièrement.
Par cette réalisation, le CCAM vient rappeler que les communautés noires ne demandent pas à être ajoutées à l’histoire de Montréal, du Québec, du Canada. Elles en font déjà partie. Ce qui a commencé le 1er juin dernier, c’est la construction d’un lieu capable de le rendre visible, durable et incontestable. Pour les générations futures.
(c) NeoQuébec (juin 2026)


